Les services aux gens du voyage se privatisent

Depuis 2000, une loi encadre et aide les communes pour accueillir les gens du voyage.Le point avec un spécialiste de ces questions.

Interview 

Sébastien Tertrais.

Gérant de NBNS, un bureau d’étude rennais, notamment spécialisé dans l’accompagnement des élus au sujet des gens du voyage.

Les services à destination des gens du voyage se privatisent de plus en plus ?

stertraisCes services ont longtemps été gérés quasiment exclusivement par des associations ou des collectivités publiques. Depuis la loi du 5 juillet 2000 (loi relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage), des associations disparaissent et la privatisation est forte et constante. Tout particulièrement en ce qui concerne la gestion des aires d’accueil. C’est normal, c’est l’un des points sensibles qui rassemblent le plus grand nombre de difficultés pour les communes. En plus, on ne parle des aires d’accueil que lorsqu’il y a des soucis et les collectivités qui n’en ont pas ne mettent pas de commerciaux sur la route pour vendre leurs services ! Avec la privatisation, les élus se disent qu’ils auront moins de problèmes, moins de dettes, moins de dégradations.

Les résultats sont à la hauteur des attentes ?

Ça a permis de professionnaliser la profession, mais on a également assisté à une augmentation des coûts de gestion et de réalisation des aires d’accueil. Dans les années 90, le coût d’un emplacement tournait autour de 100 000 F (15 000 €). Il est aujourd’hui proche de 45 000 € (300 000 F). Sans oublier que, dans ces dossiers, il y a une vraie dimension de service public dont les collectivités ne doivent pas se couper.

Que dites-vous aux élus que vous conseillez ?

Qu’il n’y a pas de recettes toutes faites. On parle de la complexité des choses. On conseille d’appréhender vraiment la réalité. De mesurer le niveau d’ancrage des gens du voyage en regardant, par exemple, les fréquentations de l’école, ou s’ils ont de la famille au cimetière. En fait, on leur dit de penser aux publics, aux services de proximité, comme on le fait pour construire un lotissement. Vous savez, les communes qui mettent les gens du voyage là « où ils gênent le moins », c’est-à-dire très loin, ont moins de familles, donc plus de populations marginalisées, donc plus de difficultés, donc plus de regards compliqués sur eux du reste de la population… Un cercle vicieux.

La loi de 2000 a permis de mieux accueillir les gens du voyage ?

Tout à fait. Et dans l’Ouest, on est bien servi. Il y a, généralement, une prise en compte intelligente du dossier. Nationalement, on atteint 45 % des réalisations prévues par la loi. On est à 80 % en Ille-et-Vilaine et 3 % en Ile-de-France. La situation s’améliore aussi dans de nombreuses villes de l’Ouest : Mayenne, Brest, Angers… Sur Rennes métropole, ça se passe également bien. Mais quand la situation économique se tend, les relations se tendent là aussi. En tout cas, quand il y a des tensions, il y a beaucoup de départs de populations. Ce n’est pas le cas dans l’Ouest.

 

 

Recueilli parGilles KERDREUX.
Ouest-France
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